Vente Bergé - Saint Laurent    Christie's Paris 23-25 février 2009
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La vente de tous les records


Le Figaro Magazine Cahier Spécial du 28/02/09

 

“Je suis fier de l'exigence que nous avons apportée à chacun de nos achats, résume Bergé, je suis fier, également, de la part importante que nous avons prise dans la découverte de l'Art déco. Cette quête, nous l'avons faite à deux.” Premier coup de foudre en 1966 : “Nous passions en voiture rue Bonaparte, je conduisais, Yves s'est écrié : “Arrête-toi ! j'ai vu deux objets extraordinaires”. Dans le magasin de Jeanne Fillon, au milieu de cache-pots de barbotine et meubles en rotin, trônait une paire de vases monumentaux. Il s'agissait d'oeuvres de Jean Dunand, en cuivre laqué rouge et or. Elles s'avèreront historiques : les pièces figuraient, avec deux autres vases, à l'Exposition des Arts décoratifs de 1925, dans la cour du Pavillon des Métiers d'art.

Les vases furent achetés pour quelque 5 000 francs (750 euros). Estimation à ce jour ? Entre 1 et 1,5 million d’euros. Le goût récompensé.

Laurence Mouillefarine
Architectural Digest n°80 12/2008-01/2009 et madame.lefigaro.fr le 07/02/09 (extraits)

 

La paire de vase a été vendue 3.089.000 euros le 24 février 2009.

 

Marché de l'art
(Le Figaro n° 19 070 cahier n° 3 du 25/11/05)

De Paris à New-York, les prix flambent. Pièces exceptionnelles obligent

Vase fuselé en dinanderie de cuivre à patine noire signé Dunand. Pièce unique (1931).

 

L'ART DECO s'affirme comme une valeur solide, ayant presque des allures de père de famille, face au design, son cadet, météorite aux enchères et dans les foires. Hier à la Fiac, demain, à Art Basel, Miami Beach, où se retrouve, dès mardi, tout le gratin mondial de l'art contemporain. Certes, le marché de l'Art déco est tiré sans cesse vers le haut par les plus belles pièces de Rateau avec ses bronzes raffinés, Dunand avec ses laques précieuses et ses coquilles d'oeuf, Ruhlmann avec ses ébénisteries sophistiquées, Groult avec ses galuchats vert de gris ou caramel, ou Frank avec ses lignes épurées. Elles sont de plus en plus rares et de plus en plus chères sous l'assaut d'une élite toujours plus exigeante et connaisseuse, délaissant le moyen trop décoratif.

Première à ouvrir le feu dans la capitale, le cabinet Camard a décroché, lundi, à Drouot, un record à plus de 1 million d'euros avec son grand vase à ailettes vert bronze en dinanderie de cuivre à patine noire. Il venait d'un privé de l'hexagone et fut emporté par un amateur français contre un autre de ses compatriotes. [...]

Béatrice de Rochebouët

Le vase a été vendu 1.012.876 euros le 21 novembre 2005.

 

Paris perd deux panneaux de Jean Dunand
(Le Journal des Arts n°198 - du 10 au 23/09/04)

Le Musée d'art moderne de la Ville de Paris a dû les rendre cet été à leur propriétaire, la société maritime CMA-CGM

Les nostalgiques des paquebots gardent en mémoire les spectaculaires panneaux en laque de Jean Dunand (1877-1942), conçus pour le fumoir du Normandie sur le thème des "Jeux et joies de l'humanité". En 1960, le Musée d'art moderne de la Ville de Paris avait obtenu le dépôt de deux panneaux par le propriétaire du navire, la Compagnie générale transatlantique (CGT). Ces oeuvres représentant la Conquête du cheval et la Pêche n'ont pas été présentées souvent au public. Tout juste les avions-nous revus en 1997 lors de l'exposition "Les années 1930 en Europe 1929-1939 : le Temps menaçant".

Coup de tonnerre au printemps dernier, lorsque la société maritime CMA-CGM revendique soudain leur propriété. Elle a obtenu cet été gain de cause. En passant en revue les actifs "artistiques" de la CGT dont elle a hérités par un jeu de fusion-privatisation, l'entreprise avait déjà récupéré en 2002 la statue de Neptune de Carlo Sarrabezolles, érigée devant la gare maritime du Havre, et installée depuis à l'entrée de son siège marseillais. Vu la précipitation avec laquelle cette nouvelle affaire a été traitée, on peut se demander si la Ville de Paris a vraiment usé de son poids pour conserver les panneaux. "Les juristes ont étudié la question, mais il n'y avait pas eu de don explicite de la part de la CGT. Ils restaient donc propriété de la compagnie. Nous avions des arguments sensibles et moraux, mais on s'incline devant la loi", nous a expliqué un conservateur du musée. CMA-CGM récupère aussi les éléments métalliques d'accrochage, moyennant une obole de 15.000 euros à la Société des amis du Musée d'art moderne.

La pilule est amère, d'autant que le musée avait complété l'ensemble en achetant en 1980 un troisième panneau dédié au Sport pour 140.000 francs chez Ader-Picard-Tajan. Le porte-parole de CMA-CGM nous a déclaré ignorer encore la destination future de ces oeuvres. D'après les professionnels, l'éventualité d'une revente, du moins à un particulier, est improbable en raisons des dimensions. Mais si d'aventure l'entreprise les met sur le marché, espérons que l'Etat saura les classer trésors nationaux et en interdire l'exportation. Ainsi avait-il procédé en 2000 avec d'autres panneaux plus modestes de Dunand que le collectionneur Laurent Negro avait achetés pour 1,5 millions d'euros à la Biennale des antiquaires.

Roxana Azimi

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